
L’examen du programme sino-congolais engagé par l’APCSC remet au centre du débat la nécessité de vérifier les engagements financiers, les investissements réalisés et les infrastructures livrées. En parallèle, les controverses liées aux exonérations pétrolières appellent à distinguer les faits établis des accusations encore à vérifier.
Il est des initiatives institutionnelles qui soulèvent une question essentielle : celle de la capacité de l’État à vérifier que les engagements pris au nom de la République correspondent effectivement aux résultats obtenus.
À la tête de l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration entre la RDC et les partenaires privés (APCSC), Me Freddy Yodi Shembo porte notamment une démarche d’examen du programme sino-congolais. L’objectif annoncé est de permettre à l’État de disposer d’une lecture plus précise des dimensions financières, minières, techniques, infrastructurelles et contractuelles de ce partenariat.
La question est d’importance.
La République démocratique du Congo a engagé, dans le cadre de ce programme, ses ressources naturelles et nourrit des attentes importantes en matière d’infrastructures. Il apparaît dès lors nécessaire de pouvoir établir avec précision les montants effectivement mobilisés, la valeur des investissements réalisés et la consistance des ouvrages exécutés.
L’APCSC a annoncé, en mars 2026, le lancement d’un audit portant sur la période 2008-2024. Selon les éléments communiqués autour de cette mission, l’audit technique et financier a été confié au groupement ATF-PCSC, tandis que SRK Consulting intervient dans le processus de certification. Les publications relatives à cette mission mentionnent également Rothschild et Cie et Mayer Brown parmi les références associées à l’examen du programme.
Au fond, l’enjeu est simple : confronter les engagements aux réalisations, les montants déclarés aux investissements vérifiables et les ressources mobilisées aux résultats effectivement obtenus.
Combien a réellement été investi ? Quelle est la valeur des infrastructures réalisées ? Les engagements des différentes parties ont-ils été respectés ? Quels ajustements seraient nécessaires pour mieux préserver les intérêts de la RDC ?
Ces interrogations dépassent la seule responsabilité d’une agence publique. Elles concernent les institutions de l’État et, plus largement, l’ensemble des citoyens, puisqu’elles touchent aux ressources naturelles du pays et à des engagements susceptibles d’avoir des conséquences sur le long terme.
Un audit qui mérite d’aller jusqu’au bout
Dans ce contexte, l’aboutissement de l’audit apparaît comme un enjeu de transparence et de gouvernance. Les résultats attendus devraient permettre aux pouvoirs publics de disposer d’éléments documentés pour apprécier les performances du partenariat et, le cas échéant, envisager les mesures nécessaires.
Le Parlement dispose également d’un rôle important dans ce processus. Les conclusions d’un audit indépendant peuvent constituer une base utile pour l’exercice de sa mission de contrôle de l’action publique.
L’enjeu consiste donc à garantir les conditions d’un examen complet, documenté et indépendant, loin des considérations de personnes ou des controverses conjoncturelles.
Exonérations pétrolières : entre mécanisme économique et accusations à vérifierParallèlement à cet audit, les controverses autour de certaines exonérations pétrolières ont placé l’APCSC et son directeur général au centre d’un débat public.
Sur ce dossier, une distinction doit être établie entre le principe même des exonérations destinées à faciliter certains projets et la manière dont celles-ci auraient éventuellement été utilisées.

Les exonérations peuvent répondre à des objectifs économiques liés à la réalisation d’infrastructures, à la réduction des coûts d’un chantier ou encore à la participation d’entreprises congolaises à la chaîne d’approvisionnement. Mais leur attribution et leur utilisation doivent naturellement respecter les procédures et les conditions prévues par les textes et les conventions applicables.
Dans le dossier évoqué, la relation entre SISC et Ultimate Oil & Gas fait l’objet de contestations rapportées publiquement. Ultimate Oil & Gas aurait notamment affirmé ne pas avoir importé certaines cargaisons et aurait soutenu que son nom aurait été utilisé dans des déclarations douanières par d’autres opérateurs.
Ces éléments, s’ils sont contestés, nécessitent des vérifications documentaires et judiciaires.
Plusieurs questions peuvent dès lors être posées : qui a effectué les déclarations douanières ? Qui a présenté les documents ? Qui a effectivement importé les produits ? Qui les a réceptionnés ? À qui ont-ils été livrés ou vendus ? Et qui a finalement perçu les recettes ?
C’est l’ensemble de cette chaîne qu’il convient d’établir avant de tirer des conclusions sur d’éventuelles responsabilités.
Si une usurpation de nom ou une irrégularité était établie, l’enquête devrait permettre d’en identifier les auteurs, les bénéficiaires et les éventuelles complicités, sur la base de faits et de documents vérifiables.
De la même manière, la responsabilité personnelle d’un responsable public ne peut être déduite de sa seule fonction. Elle doit être établie à partir d’actes précis qui lui sont effectivement imputables.
La visibilité d’un nom dans une controverse ne constitue pas, à elle seule, une preuve de participation. De même, la répétition d’une accusation ne suffit pas à établir sa véracité.
Préserver l’essentiel : faire toute la lumièreLe débat sur les exonérations ne devrait cependant pas faire perdre de vue la question centrale du programme sino-congolais : celle de la vérification des engagements pris et des bénéfices effectivement obtenus par la République.
L’audit lancé par l’APCSC doit donc pouvoir aller à son terme dans des conditions permettant de produire des conclusions crédibles et vérifiables.
Le Parlement, les institutions de contrôle et les autres structures compétentes ont un rôle à jouer pour accompagner ce processus et examiner ses conclusions.
Au-delà des personnes, l’enjeu demeure celui de la transparence dans la gestion des ressources et des engagements de l’État.
La question est désormais de savoir ce que révéleront les documents, les audits et les vérifications. C’est à partir de ces éléments que pourront être établies les responsabilités éventuelles et que la République pourra apprécier, avec précision, les résultats du programme sino-congolais.
Faire la lumière sur les comptes, vérifier les engagements et établir les faits : c’est à cette condition que le débat public pourra dépasser la polémique et servir pleinement l’intérêt général.
Gary Ngali.