
Les critiques visant le directeur général de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), Juan Ted Beleshayi Kasanda, suscitent des interrogations quant à leur fondement. Présentées parfois sous couvert de témoignages anonymes, certaines accusations semblent davantage relever de la polémique que d’une analyse documentée du travail accompli par la nouvelle direction.
Certains lui reprochent notamment de « décevoir » et vont jusqu’à présenter son prédécesseur comme une référence en matière de gestion de certains dossiers. Une lecture qui mérite toutefois d’être confrontée aux faits, aux décisions prises et aux résultats enregistrés depuis l’arrivée de Juan Ted Beleshayi à la tête de l’ARSP.
Une lecture que les faits disponibles invitent toutefois à nuancer.
Nommé par ordonnance présidentielle le 3 juin 2026 et officiellement installé le 11 juin, Juan Ted Beleshayi a engagé, dès sa prise de fonctions, une série de mesures touchant au contrôle, à la digitalisation, au renforcement des équipes et à l’application de la législation sur la sous-traitance.
Digitalisation : une réforme engagée dès les premières semainesL’un des premiers marqueurs de cette nouvelle direction est la transformation numérique des procédures.
L’ARSP a annoncé la dématérialisation du processus de délivrance de l’attestation de sous-traitance, depuis le dépôt de la demande jusqu’à la délivrance du document. L’objectif affiché est notamment de réduire progressivement les délais de traitement, avec une cible de sept jours avant d’atteindre, à terme, 72 heures.
Le 4 juillet, l’ARSP a également procédé à la remise symbolique des premières attestations d’enregistrement numérisées. La présentation du processus en temps réel a illustré la volonté de réduire les démarches physiques et de renforcer la traçabilité des documents grâce à la digitalisation.
Difficile, dans ces conditions, de réduire les premiers mois de la nouvelle direction à une simple absence de résultats.
Contrôle : une reprise des missions et des décisions concrètesAutre élément majeur du bilan : le renforcement du dispositif de contrôle.
Quelques jours seulement après son entrée en fonction, la nouvelle direction a annoncé la reprise des missions de contrôle dans plusieurs provinces, dont Kinshasa, le Kasaï-Oriental, le Kongo Central, le Lualaba, le Haut-Katanga, le Haut-Uélé et le Tanganyika. Ces missions doivent notamment permettre d’évaluer la participation des entreprises à capitaux majoritairement congolais aux marchés de sous-traitance et l’impact du secteur sur la création d’emplois.
Cette orientation s’est poursuivie avec des décisions récentes visant des entreprises majeures.
Le 25 septembre, l’ARSP a ordonné à trois sociétés du groupe Ivanhoe de mettre fin à 140 contrats conclus avec des sous-traitants considérés comme non conformes à la législation et de les retirer de leurs fichiers de sous-traitants.
Quelques jours plus tard, le 28 septembre, l’ARSP a également enjoint à SICOMINES de mettre fin à six contrats avec des sous-traitants jugés non éligibles et de présenter un plan correctif dans un délai de 30 jours. Selon la décision publiée par l’ARSP, ces contrats représentaient 80 % du chiffre d’affaires de l’ensemble de ses sous-traitants.
Ces décisions constituent, à tout le moins, des éléments concrets permettant d’évaluer l’orientation prise par la nouvelle direction.121 candidats pour renforcer le corps des inspecteursLe renforcement du personnel chargé du contrôle constitue également un autre axe des 100 premiers jours.
Le 15 août, 121 candidats ont participé à un test écrit organisé dans le cadre du recrutement interne des inspecteurs de l’ARSP. L’objectif annoncé était de renforcer le dispositif humain de l’institution et de disposer d’un corps d’inspecteurs capable d’assurer efficacement les missions de contrôle et de suivi de la conformité.
Le processus s’est poursuivi avec la formation de 55 nouveaux inspecteurs lancée le 28 septembre à Kinshasa. Cette formation porte notamment sur la constatation, l’enquête et le suivi des infractions liées à la sous-traitance.
Là encore, les faits montrent une volonté de renforcer les capacités opérationnelles de l’institution.
Contenu local et intérêts des entreprises congolaises
La question de la participation des entreprises congolaises aux marchés générés par les investissements figure également parmi les dossiers mis en avant par la nouvelle direction.
Les échanges engagés avec différents partenaires institutionnels et économiques ont notamment porté sur l’accès des entreprises congolaises aux opportunités de sous-traitance. En septembre, la FEC a ainsi organisé une rencontre avec Juan Ted Beleshayi, au cours de laquelle les opérateurs économiques ont exposé leurs préoccupations, notamment sur l’accès aux marchés générés par les investissements réalisés en RDC.
Dans le même temps, l’ARSP a continué à appliquer des mécanismes destinés à favoriser le transfert de compétences vers les Congolais. Dans une décision de septembre accordant une dérogation à une entreprise, l’ARSP a notamment imposé la transmission d’un programme de transfert des compétences en faveur des Congolais, avec une évaluation à mi-parcours.
Faut-il alors parler d’une « déception » ?
La critique demeure légitime dans une institution publique. Le DG Juan Ted Beleshayi peut être interpellé sur ses choix, ses méthodes ou les résultats attendus de ses réformes.
Mais qualifier globalement ses 100 premiers jours de « décevants » sans examiner les décisions prises, les réformes engagées et les résultats progressivement produits revient à réduire un bilan complexe à une appréciation subjective.
La comparaison avec l’ancienne direction peut également être faite. Mais elle doit reposer sur des indicateurs précis : nombre de contrôles réalisés, conformité des entreprises, accès des entreprises congolaises aux marchés, délais de traitement, digitalisation des procédures, recouvrement et efficacité administrative.
Ce sont ces éléments qui permettront d’établir une comparaison sérieuse, et non les témoignages anonymes ou les affirmations circulant sur les réseaux sociaux.Les actes plutôt que les procès d’intention
Après seulement 100 jours, il serait prématuré de considérer les réformes engagées comme définitivement acquises. La nouvelle direction devra encore démontrer leur impact dans la durée.
Mais les faits disponibles montrent déjà une orientation claire : digitaliser les procédures, renforcer les contrôles, professionnaliser les inspecteurs, faire respecter la législation et accroître la place des entreprises congolaises dans la sous-traitance.
C’est sur cette base que le bilan de Juan Ted Beleshayi doit être discuté.
À l’ARSP, le débat mérite mieux que les rumeurs : les faits, les décisions et les résultats doivent parler. Les 100 premiers jours ne sont pas la fin du bilan, mais le début d’une nouvelle séquence des réformes.